Péniche Louise-Catherine de Le Corbusier

Restauration du clos et couvert de la Péniche Louise-Catherine de Le Corbusier (1929-31), Paris, France

En cours

 

« Créer dans le créé », le sixième point de l’architecture moderne?

La Péniche Louise-Catherine, dite Asile Flottant, amarrée au 50 quai d’Austerlitz dans le XIIIe arrondissement de Paris, est un objet mobilier classé au titre des Monuments Historiques, reconnaissance de sa valeur patrimoniale et du caractère emblématique de ce bateau. Le projet est confié en 1929 par l’Armée du Salut à Le Corbusier, assisté notamment par l’architecte japonais Kunio Maekawa.

Au-delà des cinq points clairement codifiés – pilotis, plan libre, façade libre, fenêtres en bandeau et toiture terrasse –  Le Corbusier met en œuvre, sans le formuler, un autre principe qui avait été énoncé dans le contexte du projet de la Villa Church en 1927 : « créer dans le créé ». En effet, il s’agit ici d’intervenir à partir d’un chaland existant construit en ciment armé et employé au transport de charbon.

« On a acheté une des péniches de ciment armé dont l’essai avait été tenté pendant la guerre. La péniche a 80 mètres de long. On a construit, depuis son fond jusqu’au sommet du gabarit, autorisé par les services de navigation fluviale, un vaste local divisé en trois compartiments. On a aménagé 160 lits, une salle à manger, des cuisines, W.-C., lavabos, douches, appartement du marinier, appartement du Directeur, et un jardin suspendu sur le dessus de la péniche. En hiver, la péniche vient devant le Palais du Louvre héberger les clochards que les froids chassent loin des arches des ponts. En été, elle devrait servir de colonie de vacances pour les enfants, aux environs de Paris. » (Le Corbusier, Oeuvre complète de 1929-1934, Zurich, Les Éditions d’architecture, 1964).

Un patrimoine en péril

En 2018, pendant les opérations de dégagement depuis la berge où elle se trouve coincée à cause d’une crue, la Péniche coule dans le lit de la Seine et y demeure deux ans avant d’être renflouée. Le bateau se trouve encore aujourd’hui à l’état d’épave. Onze pompes y sont installées, assurant l’évacuation régulière de l’eau infiltrée notamment par les fissures de la coque.

Porté par son propriétaire, l’Architectural Design Association of Nippon (ADAN), ce projet constitue un véritable défi technique et un enjeu de sauvegarde de ce patrimoine fluvial moderne exceptionnel.

Analyse multicritères de différentes solutions

La méthode de travail adoptée par notre équipe de maîtrise d’œuvre a consisté en une analyse préalable des solutions de conservation curative et préventive des bétons à ce jour reconnues : technique traditionnelle de passivation des fers oxydés et de reconstitution des enrobages dégradés, application d’inhibiteurs de corrosion, mise en œuvre d’une étanchéité extérieure et, pour terminer, la mise en œuvre d’une protection cathodique.

Les différentes techniques ont été évaluées sur la base de quatre principaux critères : pérennité, réversibilité, impact patrimonial et coût. Un tableau d’aide à la décision a été ainsi mis en place. Il sert d’outil commun à l’ensemble des décideurs impliqués dans le projet.

A l’issue de cette analyse comparative, la solution de réparation traditionnelle des bétons a été retenue parmi les différentes pistes explorées. Ce choix, fort d’une approche scientifique du projet, répond surtout aux exigences partagées d’une intervention minimale, pérenne et financièrement soutenable.

Investigations sur les aciers de la coque

En complément de cette analyse préalable et à l’aide de Secco, spécialiste de la corrosion de l’acier, la nécessité  de la mise en œuvre – dans l’immédiat où dans un futur proche – d’une protection cathodique a été analysée. À cette fin, une campagne d’investigations a été programmée sur la partie immergée de la coque pour vérifier l’état d’altération et la continuité électrique des armatures. S’agissant d’une opération en zone immergée, une équipe de plongeurs du Cerema, spécialisée en auscultation subaquatique du béton, a été mobilisée. Dans le cadre de ces investigations, trois systèmes de batardeaux ont été conçus et mis en place pour une sécurisation optimale de la Péniche.

 

Maîtrise d’ouvrage
ADAN, Architectural Design Association of Nippon

Maîtrise d’œuvre
DDA-Devaux & Devaux : architectes mandataires
SECCO : Expertise corrosion de l’acier
SAMMI : BET Structure

Programme
Établissement flottant recevant du publique (programme en cours de définition)

Mission
AVP